Chute de Bachar al-Assad - la Syrie au seuil d’un nouveau chapitre. Antonin Burat

Le 8 décembre 2024, la Syrie a tiré un trait sur plus de cinquante années de dictature. À l’issue d’une offensive éclair menée par une coalition de rebelles djihadistes rassemblés autour du groupe Hayat Tahrir al-Sham, le pays, engourdi sous le joug de la tyrannie, s’est libéré. Le tyran Bachar al-Assad, qui semblait avoir repris le contrôle d’une grande partie du territoire après plus d’une décennie de guerre civile, a fuit Damas. Du jour au lendemain, un vent de liberté nouveau a déferlé sur la Syrie. Cependant, parallèlement aux scènes de liesse, les horreurs commises par la dictature faisaient surface. Les quartiers dévastés par les bombes du régime et de ses alliés, les prisons inhumaines et les fosses communes livraient leurs terribles secrets, s’ajoutant à la liste déjà longue des exactions perpétrées sur le territoire par l’État islamique pendant la guerre. L’euphorie des premiers jours a vite cédé la place aux questions sur l’avenir du pays. À peine Damas libéré, les nouveaux dirigeants, eux-même surpris par la rapidité avec laquelle s’était déroulée leur offensive, se sont immédiatement retrouvés face à des défis colossaux en terme de reconstruction matérielle et humaine, de sécurité, de cohésion nationale, de justice mémorielle et de positionnement sur l’échiquier international. Au Rojava, le territoire kurde du nord-est du pays, contrôlé par les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) et échappant au contrôle de Damas, on observe d’un regard sceptique le profil des nouveaux maîtres du pays, soutenus par la Turquie (l’ennemi de toujours) et autrefois proches de l’État islamique. Au sein même de ce territoire, les tensions ethniques, mises en sourdine le temps de la guerre civile, alors que la lutte commune contre Assad fédérait les oppositions, ressurgissent. Déjà, à Raqqa, grande ville arabe contrôlée par les FDS (dont les commandants sont principalement kurdes), des voix s’élèvent, réclamant un rapprochement avec les nouvelles autorités djihadistes de Damas.

Bien qu’une fenêtre vers un avenir meilleur se soit entre-ouverte, le chemin pour parvenir à une paix durable en Syrie reste long et semé d’obstacles. La mosaïque de communautés ethniques et religieuses qui façonnent le pays menace d’exploser à tout moment, et le Moyen-Orient dans son ensemble se rapproche jour après jour de l’embrasement. Au milieu de cette incertitude, pourtant, une chose est sûre: les Syriens ont décidé de tourner la page de ces années noires et d’écrire un nouveau chapitre de leur histoire. Cette révolution, bien qu’encore balbutiante, a apporté un espoir. Tous veulent croire à un avenir meilleur, et chacun, à son échelle, semble œuvrer à y parvenir.